La comédienne Morgane Audoin tend son micro à ceux qui veulent bien témoigner. ©CB

Accueillie en résidence par l’association Chahuts (1), la comédienne Morgane Audoin a été invitée à partir en quête du « goût de la Benauge », en recueillant des témoignages d’habitants. Comme le 4 février dernier, au centre d’animation de la Benauge. 

« Un goûter des histoires ». C’est ainsi que la comédienne Morgane Audoin définit ce goûter pas comme les autres, au centre d’animation de la Benauge.

L’artiste venue de la région Grand Est – en résidence dans le cadre de la Fabrique de territoires, initiée par l’association Chahuts – est là pour « partir des goûts et des saveurs afin de faire parler les gens sur leur parcours de vie, leur quartier », comme le souligne Audrey Brisse, co-directrice de Chahuts.

Ce mercredi-là, une cinquantaine de personnes sont présentes. Dès l’entrée, l’agréable odeur des bricks cuisinés par Samira, membre du Laboratoire d’initiatives alimentaires (LIA) où elle cuisine tous les jeudis pour les habitants du quartier, empli les narines.

Le goût qui rapproche

« Le goût, c’est ce qui nous rapproche, cela peut nous faire penser à nos familles, à nos origines, bref, aux gens que l’on aime », souligne Morgane Audoin, fondatrice de la Compagnie Raoui (à Châlons-en-Champagne) et créatrice du spectacle « Nenna » (2), qu’elle a présenté au Festival Chahuts en 2024. Et où elle part en quête de la recette idéale des msemens, ces galettes feuilletées que sa grand-mère algérienne lui prépare depuis l’enfance.

L’artiste a apporté un enregistreur pour recueillir la parole des habitants. Des témoignages qu’elle « consigne » dans de petits flacons et qu’elle étiquette afin qu’ils soient restitués lors de la Fête de la Saint-Jean, le 5 juin, au parc Pinçon.

Faire parler les gens.

Chorba ou bissap

Kheria, 57 ans, d’origine algérienne, est une habituée du centre d’animation. Elle a ce souvenir « de la chorba qu’on partageait en famille, notamment pour le Ramadan. Un plat pas cher et complet que j’ai fait aimer à mes enfants. Je me souviens surtout du goût des épices ».

De son côté, Mamadou, 41 ans, vient pour la première fois au centre. Originaire de Mauritanie, il vit en France depuis quinze ans et a été naturalisé. « Mon souvenir culinaire, c’est le bissap, cette boisson à base d’hibiscus. L’esprit de convivialité et de partage qui règne aujourd’hui, ça me remémore de bons moments passés avec mes parents, autour de cette boisson. » Des parents qu’il ne voit que tous les deux ou trois ans, lorsqu’il retourne en Mauritanie.

Les bricks salés et sucrés de Samira ont eu du succès, le thé est servi et chacun échange avec son voisin ses souvenirs culinaires. Le goût rapproche vraiment.

Coraline Bertrand et Romain Nuel

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(1) Organisatrice du Festival Chahuts, l’association est basée dans le
quartier Saint-Michel, à Bordeaux. Site : www.chahuts.net
(2) « Mamie », en arabe algérien.