LE PORTRAIT DE MARIAGE, de Maggie O’Farrell (Éditions Belfond)

Au cours d’une sortie avec son époux, Alfonse II, duc de Ferrare, Lucrèce de Médicis comprend que son mari va la tuer pour se remarier. À partir de là, le roman commence comme un thriller, dans le cadre de la Renaissance italienne. Discrète, sensible, avec une âme artiste, Lucrèce vit en marge de sa famille, pensant échapper au sort de princesse à marier. Mais la mort de sa sœur Maria, fiancée à Alfonse II, change sa vie car elle doit la remplacer pour donner impérativement un héritier au duc. Dans une Cour de Ferrare pleine d’intrigues, face au visage ambigu d’un époux à la fois aimable et tyrannique, elle est bien seule… L’alternance entre le présent inquiétant, le passé lumineux et le futur funeste crée sans arrêt une tension dans le récit. Quant au fabuleux portrait de mariage commandé par son époux, dans lequel Lucrèce ne se reconnaît pas, il va être le grain de sable du destin. Captivant et émouvant.

Danièle Heyd

L’ENRAGÉ, de Sorj Chalando (Éditions Grasset)

Pour avoir volé trois œufs Jules Bonneau se retrouve enfermé à la colonie pénitentiaire de Belle-Ile en mer, d’où il est difficile de s’échapper. Jules alias « la Teigne » et ses camarades vivent l’insoutenable, l’inimaginable, ils subissent des sévices extrêmes : violés, tabassés, affamés, rabaissés au quotidien. En 1934, 55 enfants se révoltent. Une véritable « chasse à l’enfant » s’engage. Au matin, les évadés sont tous à nouveau sous les verrous à la merci d’une très dure répression. Seul Jules est introuvable grâce à un marin qui le prend sous son aile. Un monde s’ouvre pour « la Teigne ». L’auteur dénonce la violence exercée sur les enfants enfermés dans ces centres d’éducation. Celui de Belle-Ile fermera en 1977. La fresque historique s’élargit sur le monde de l’Entre-deux-guerres et ses forces de résistance à travers le duo d’un marin pêcheur communiste et d’une infirmière faiseuse d’anges.

Maïté Lavie