
La Nuit au coeur, de Nathacha Appanah (Éditions Gallimard)
Ce livre poignant est centré sur deux féminicides réalisés, et un évité. L’autrice qui est ici aussi la narratrice évoque d’abord l’emprise toxique que HC, bien plus âgé qu’elle, a réussi à lui imposer, la réduisant, elle l’intellectuelle, au statut de femme au foyer et de prisonnière. Vient alors le féminicide « réussi » de sa cousine Emma, totalement occulté par sa famille, que son meurtrier a fait passer pour une aff aire d’honneur. Enfi n, le plus horrible et le plus émouvant, est celui de Chahine Daoud, brûlée vive par un mari jaloux et violent. Pour chacune des deux victimes l’autrice essaie de ressusciter leur personnalité rayonnante comme pour les sauver de la volonté de leur meurtrier de totalement les anéantir. L’analyse de l’esprit retors des deux maris criminels fait froid dans le dos. Or c’est parce que la narratrice a vécu dans sa chair les coups et la peur de mourir qu’elle est capable de retrouver l’état d’esprit de ces femmes sacrifi ées. Un livre coup de poing car il plonge dans le mécanisme du féminicide.
Danièle Heyd
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Aïe ! Un poète, Suivi de quelques conseils de lecture pour entrer en poésie, de Jean-Pierre Siméon (Éditions Cheyne)
Ce livre n’est pas un traité sur la poésie. Les pages se lisent ou plutôt se dégustent. Ce petit recueil (cinquante pages joliment illustrées) n’est pas un simple hymne aux poètes et à la poésie, qu’elle soit rimée… ou pas d’ailleurs. Difficile de ne pas citer une phrase : « Un poète ça fait ses courses et ça a mal aux dents », comme tout un chacun donc. Faire poésie pour Jean-Pierre Siméon, ancien directeur du Printemps des Poètes, c’est aussi prendre son temps, le temps nécessaire pour pouvoir admirer tous les mondes et son propre monde. Un poème, dit-il, se lit et se relit aussi mais pas forcément dans le « bon » sens qui veut que l’on commence par le début pour aller à la fin. Un poème ça ne s’explique pas, donc un poète doit-il s’expliquer ? Avec ce recueil, on entre en poésie comme on entre chez soi, tout simplement… Et pour Jean-Pierre Siméon il n’y a pas de « dictionnaire de poésie » ; pas de manuel de langue évidemment ; à la fin du livret juste quelques choix personnels d’auteurs.
Jean-Claude Bonnet