
Armures des chevaliers (livre de Patrick Dellanegra. ©DR
Une plaque en marbre sur le côté de l’église de Camblanes commémore un fait terrible qui a eu lieu il y a 376 ans.
Homme d’armes du baron de Montferrand, Bertrand de Chartoize vient près d’Arbis, chez le célèbre armurier milanais Ambroise de Caron pour s’acheter la toute première armure apparue en 1420, le harnois blanc. D’origine italienne, cette protection complète du corps est en acier poli au vif, d’où son nom de harnois blanc. Mais cette armure coûte cher : 31 écus d’or (ce qui équivaut à 970 euros de notre époque).
LE CHEVALIER DOIT L’ACHETER À CRÉDIT
Voici un extrait de la proposition de crédit, enregistrée à la date du 4 mai 1491 par le notaire bordelais Gemellyer (langue d’époque) :
« C’est assavoir que ledict de Caron a vendu audict Chartroize ung harrenoys blanc, garni de curasse de grant gardebratz, de arnoys de jambes, de gardebratz droit de heaulne, de cabasset, d’avantbratz, de gantelletz, de banyes (?) et de toutes autres piesses audict d’arnoys le tout fait pour le priz et somme de trente et ung escuz d’or… »
Il semble que Jeanne d’Arc ait porté un harnois blanc.
EXPLICATION DES ÉLÉMENTS DE L’ARMURE CITÉS PAR LE NOTAIRE
Cette armure comprend, comme dit le notaire, la cuirasse, pièce métallique protégeant la poitrine et le dos, des épaules à la ceinture. Elle est complétée « de grant gardebraz » et « d’avantbratz » c’est-à-dire de pièces d’armure qui protègent le haut du bras et la partie du coude au poignet puis « de gantelets » pour les mains. Les membres inférieurs sont recouverts, eux aussi, par des plaques métalliques, les « arnoys de jambes » et les cuissots. On n’oublie pas le casque rond nommé ici « cabasset » qui semble compléter « le gardebraz droit de heaulne ». Peut-être le casque porté au XVe siècle, appelé la salade à visière, du mot italien celata (coupole) ? Cette armure pèse entre 20 à 25 kg et ne freine en rien les divers mouvements du chevalier au combat. Pour la petite histoire, il semble que Jeanne d’Arc ait porté un harnois blanc.
UN PAIEMENT ÉCHELONNÉ ET COMPLEXE
L’armure est payée en nature (du vin) et en monnaie car elle coûte cher. L’armurier la livre pièce par pièce au fur et à mesure du paiement des mensualités. Les 31 écus demandés sont dans la norme des armures milanaises. Ambroise de Caron arrivé de Milan en 1485 a été tout de suite repéré par le comte de Benauge. Il s’est installé à la limite d’Escoussans et d’Arbis. Sa renommée a été si grande que l’endroit où il habitait, est devenu le lieu-dit : « L’armurey ».
Danièle Heyd
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(1) Gilbert Perrez.

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