Leurs Enfants après eux, de Nicolas Mathieu (Éditions Actes Sud)

Heillange, après la disparition des hauts fourneaux. Fresque sociale de cet univers où le travail pour (presque) tous a disparu, où les jeunes se draguent et plus si possible, fument des pets, où l’on sent l’« apartheid » entre les classes sociales… Où les anciens ouvriers ont perdu l’espoir ; mais il y aussi les fêtes, l’alcool et puis le dernier bar-café pour tenir un peu. Ici, la misère est économique, mais aussi affective. On suit entre autre les aventures tumultueuses du jeune Anthony et de Stéphanie, lui fils d’ouvrier, elle fi lle de cadres. On suit le destin tourmenté de Hacine et de son père. Ce roman se déroule pendant quatre étés 1992, 1994, 1996 et l’été 1998 avec la Coupe du monde de football ; à Heillange comme ailleurs c’est un grand moment de fraternité et de fi erté. Une langue coulante, parfois crue. Car ces pages, ce sont la violence, la mort, la souff rance, la marque d’une grande humanité aussi. L’auteur a reçu le Prix Goncourt 2018 pour ce livre.

Jean-Claude Bonnet

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Les Fantômes de Versailles, de Jacques Forgeas (Éditions Le Livre de Poche)

Ce polar historique nous plonge au siècle de Louis XIV, en 1673, au moment où l’affaire des Poisons commence à bas bruit. Le lieutenant général de police est le célèbre La Reynie qui tente d’unifier la police à Paris. Il doit résoudre deux enquêtes importantes. L’une est commandée par le roi qui veut savoir quel portrait, en guise d’adieu, la duchesse de la Vallière a commandé au peintre Mignard. Ce mystère agite toute la Cour et surtout Mme de Montespan, la nouvelle favorite. L’autre enquête est plus mystérieuse. De jeunes et belles jeunes filles sont égorgées puis décapitées et leurs lèvres mortes sont cousues. La Reynie sera aidé dans les deux cas par un jeune peintre italien Emilio qui engagé par Mignard espionnera le sujet du tableau. Quant à ses dessins des jeunes filles mortes, ils permettront de remonter la piste de ces crimes odieux, révélateurs de la lutte sans pitié des vrais espions. La dissonance entre le bruit à la Cour à propos du tableau de la duchesse et l’horreur qui se passe sans bruit à Paris sert à la fois à perdre le lecteur et à montrer le fossé entre Versailles et le pays réel. Passionnant et historiquement assez juste.

Danièle Heyd