Les élèves ont surmonté leur peur pour monter sur scène. ©PP

Dans le cadre du Mois de la danse à Cenon, la chorégraphe Christine Hassid a animé des ateliers de danse contemporaine avec des élèves de l’école Maumey, avant de présenter son spectacle « CHoPin » au Rocher de Palmer, le 27 février dernier.

« Tout le monde peut le faire, il faut un peu de courage et beaucoup de travail », explique Jean, élève à l’école Maumey de Cenon, pour justifier sa présence sur la scène du Rocher de Palmer. « Je vois les jeunes s’épanouir en dehors du cadre scolaire, quand ils vivent le monde en dehors de la classe », précise Sophie Bonnefou, l’institutrice de CM1-CM2, au cœur du programme.

La chorégraphe Christine Hassid complète : « Avec cette proposition, j’ai permis aux enfants de se frotter à la vie. Ils ont largement dépassé le simple cadre de la danse. »

C’est un appel à projets de la Ville de Cenon qui a conduit Christine Hassid, originaire de Bordeaux Bacalan, à rencontrer Sophie Bonnefou, enseignante à l’école Maumey, située en zone d’éducation prioritaire. À la clé, quatre ateliers de deux heures, pour aborder la danse contemporaine et Chopin, le compositeur au cœur de la dernière création de l’artiste.

« Ah non, pas du tout, maîtresse, on ne fait pas ça nous ! », ont crié les enfants de la classe CM1-CM2, en l’apprenant.

Une classe sur scène

« Dès la première rencontre, la chorégraphe les a fait rire, en leur demandant d’interpréter des mouvements très imagés. Elle attend plus de présence que de compétence », se souvient Sophie Bonnefou.

À la fin, les enfants ont surmonté leur peur, créé, dansé, et parlé de leurs rêves et de leurs envies pour demain. Et même si les garçons ont mis un peu plus de temps à laisser parler leur corps, toute la classe est montée sur scène, avec des guilis dans le ventre, devant 650 personnes.

Ce projet de cocréation d’une séquence de danse d’une dizaine de minutes avec des petits du primaire est exceptionnel. « Je prends mon travail de médiation très au sérieux. Je m’adresse à tous les publics. Ils savent parfaitement lire entre les lignes et intégrer, du fond de leur fauteuil, la subtilité du spectacle vivant », commente la chorégraphe.

Scénographie épurée

Présentée deux fois le même jour (juste avant le court programme des enfants, pour les scolaires, et en soirée), la pièce « CHoPin » créée par Christine Hassid en 2024, a clôturé en grâce le Mois de la danse 2026.

Le spectacle pour cinq danseurs, soutenu par une scénographie épurée, interroge la mémoire et l’identité avec un vocabulaire chorégraphique d’une grande finesse. On y entend, entre deux mélodies du pianiste, le puissant poème de Charlotte Delbo, poète rescapée des camps de concentration. « … Ce serait trop bête que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie… » (1). Des vers qui enveloppent de leur sens l’ensemble du projet. 

Pascale Pontoreau

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(1) Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants, dans « Auschwitz et après II : Une connaissance inutile », de Charlotte Delbo, Éditions de Minuit.