BD Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s’échouer sur nos rivages 2006. @DR

Noir intégral, titre d’un recueil de BD d’Emmanuel Moynot, aurait pu aussi être celui de l’exposition que la médiathèque de Lormont lui a consacré en mai 2025. 

Le long des murs de la salle d’exposition plusieurs extraits des originaux de chacune des BD d’Emmanuel Moynot, avec parfois à côté, la planche en couleur et un petit carré de présentation de l’œuvre par l’auteur.

LA VILLE COMME SOURCE D’ANGOISSE

Dans ses récits, Moynot porte un regard sans concession sur la réalité sociale, celle de la banlieue populaire. Monde où les habitants semblent enfermés dans une vie étriquée au sein de petits pavillons sans âme. Il déclare : « J’aime dessiner les villes, les choses salies, abîmées… ». Ce monde urbain, source de tensions et de violence, forme selon lui le cadre idéal pour le polar dans des BD en noir et blanc. Il va reprendre, après Tardi, le personnage du détective Nestor Burma de Léo Malet, qu’il publiera chez Casterman. Parmi son œuvre impressionnante, on remarque une BD documentaire sur une étrange affaire, « Pierre Goldman, la vie d’un autre », en 2011.

DES OUTILS GRAPHIQUES AU SERVICE DE SON UNIVERS

L’intérêt des originaux d’Emmanuel Moynot est de révéler ses techniques de création. Ses vignettes toujours rectilignes, mais de différents formats, semblent emprisonner la réalité dépeinte, pour en faire surgir la violence latente. Pour son travail sur la planche, Moynot utilise un crayon graphite pour les volumes et les jeux d’ombres et un stylo plume pour les dessins à l’encre noire. Une fois le dessin terminé, il le numérise et travaille les ombres et les couleurs. Mais même en couleur ses pages montrent un monde terne et surtout minéral. Une exposition choc.

Danièle Heyd