2026 : et ça continue, encore et encore…
La grippe me retient en otage depuis la fin de l’année. Les mouchoirs s’empilent, la tisane refroidit et le sapin continue de clignoter. Je me traîne du canapé au fauteuil, histoire de bouger un peu et de me lancer dans l’édito de cette nouvelle année qui se veut sérieuse et ambitieuse.
Ah ! tourner la page du calendrier est toujours autant porteur de merveilleuses prouesses : on se promet qu’on ira courir, marcher dans la forêt, chercher le pain en vélo, manger sainement, lire abondamment et chantonner tout le temps. On se le promet encore plus quand on a la grippe et que tout semble insurmontable.
C’est à ce moment-là qu’une petite voix est venue me titiller. Installée confortablement au creux de mon oreille, façon Jiminy Cricket, elle me rappelle que le quotidien adore se moquer de l’ordre et des choses alignées et elle me suggère de regarder le monde autrement.
« Transforme l’ordinaire en spectacle miniature, regarde la poésie qui se niche dans le dérisoire, observe tout ce qui dérape, ne rate jamais une occasion de rire et laisse-toi porter par toutes ces illusions. Un café qui déborde, un mot d’enfant inventé ou une plante qui pousse de travers, tout s’y prête. L’année n’en sera pas moins sérieuse mais tu la traverseras avec légèreté ! »
C’est pile à ce moment-là que le chat est venu discuter de la pertinence de faire la sieste à 15 heures en se demandant si les chips pouvaient compter pour un légume, que le thermomètre s’est mis à clignoter bêtement tout seul, que les petits clic-clac de la pendule se sont accélérés et que les douze coups de minuit ont retenti dans le monde entier.
Je me suis dit : « Minuit. Bonne année ! et après ? Le coq du voisin va arrêter de chanter à 5 heures, les croissants seront meilleurs, la rue de la Paix va coûter moins cher au Monopoly, les agriculteurs vont être mieux rémunérés, les fleuves vont arrêter de déborder, les oiseaux disparus vont revenir … ? » et j’ai quitté pour la quatrième fois le canapé pour rejoindre le fauteuil. Le tympan sifflait. C’est la petite voix qui revenait à la charge.
« Chassez le naturel, il revient en TGV ! Tu ne peux pas faire de chaque petite ineptie un trésor mais tu peux lâcher-prise sur ce qui ne relève pas de ta responsabilité. Tant que tu n’en rajoutes pas, tant que tu ne déranges personne sans renoncer à tes valeurs, tant que tu contribues à la vie de la cité et donnes les petits coups de pouce qui te semblent utiles, tu peux oublier tout ce qui part à vau-l’eau. Y penser ne change rien. Tu n’arrêtes pas de penser à cette fichue grippe, elle n’a pas disparu pour autant ! Allez, reprends ton entraînement. Que vois-tu sur le mur ? »
– L’ombre du sapin avec des bosses, à cause des boules de Noël.
– Eh bien moi, je vois plutôt des bras du monde entier qui ont jonglé avec des œufs et s’en sont pris un sur la tête ! »
L’année 2026 va être bancale, apprenons déjà à en rire !
Toute l’équipe du journal vous souhaite une belle nouvelle année uniquement ponctuée de belles choses, de bons moments et de vrais bonheurs.
Emeline Jodhba & Paula Serrajent