Novembre, le cousin grognon du calendrier
Novembre, c’est le mois qui a raté son entretien d’embauche pour devenir décembre. Pas de guirlandes, pas de chocolat chaud, pas de neige, juste un crachin persistant et des feuilles mortes qui ressemblent à des kleenex usés. Le soleil part en vacances sans prévenir, et nous, on reste là, à siroter notre dépression saisonnière comme un cappuccino tiède.
On se lève dans la nuit, on rentre dans la nuit, et au milieu, on travaille dans une lumière de frigo. Même les pigeons ont l’air mélancolique. Novembre, c’est le mois où les miroirs deviennent cruels et les parapluies suicidaires. Les vêtements s’empilent comme les regrets : une couche pour le froid, une pour la pluie, une pour cacher la lassitude et une pour garder de sa superbe.
C’est aussi le mois des bonnes résolutions temporaires : on se met à la soupe, à la tisane et aux gâteaux faits maison. On achète une bougie “forêt nordique” qui sent la cire et le désespoir chic. On se convainc que le bien-être est à portée de plaid.
Les jours fériés de novembre ont un parfum de culpabilité : on commémore, on se souvient, on nettoie les tombes et on trie les chaussettes orphelines. Et pendant ce temps, Noël se prépare dans les vitrines avec l’enthousiasme d’un enfant survitaminé, pendant que nous, on compte les jours.
Même la météo semble avoir lu Camus : « Il pleut, donc je suis morose. » Les nuages font de l’introspection, le vent fait du slam contre les volets, et la bruine s’invite sans intention apparente de vouloir repartir.
Mais il faut rendre justice à novembre : il nous apprend la modestie. Sans lui, décembre paraîtrait insupportablement joyeux. Novembre, c’est le brouillon de la fête, le sas de décompression entre les citrouilles et les guirlandes. Le mois des “bof” et des “pas grave”, celui où l’on apprend à sourire à un rayon de soleil et à admirer une fleur fanée.
J’ai beau ne pas aimer novembre, le confier, le clamer, le chanter, il revient systématiquement. « Novembre, c’est le lundi matin de l’année : tout le monde fait semblant d’y croire, mais personne n’a vraiment envie. »
Allez hop, dans le canapé, un bon coussin, une couverture toute douce, un thé parfumé et mon mensuel préféré, à lire et relire sans modération.
J-30…
Paula Serrajent
