Bref
Inspirée par le dossier du mois sur les nouveaux cafés dans nos campagnes, je voulais vous parler des « brèves de comptoir », expression apparue dans les années 1980. Son créateur est le journaliste Jean-Marie Gourio et il en publiera régulièrement dans les colonnes du journal Hara-Kiri jusqu’au
lendemain de l’attentat contre Charlie-Hebdo. Ses brèves seront éditées jusqu’en 2015.
Des plus légères comme « Le livre de Poche, si tu l’as plus dans la poche, tu l’as dans ton portable que tu mets dans ta poche ! » aux plus acerbes telle que « « La viande la plus chère, c’est le footballeur », les brèves de Gourio sont toutes authentiques. Il passait des heures dans les cafés et les bistrots pour noter toutes ces pépites qu’il entendait.
« Brèves de comptoir » sera successivement adaptée à la télévision dans la série Palace, au théâtre en 1994 puis au cinéma, le tout sous la direction de Jean-Michel Ribes. Le film est une sorte d’opéra parlé, une musique incessante tendre et cocasse, un « cantique de pensées frappées au coin du plaisir d’être ensemble », un verre de vin à la main. Un film sans prétention, aussi poétique que populaire, au langage parfois cru qui se passe durant une même journée, au café L’Hirondelle situé face au cimetière, dans une petite ville de banlieue. Les clients entrent, boivent, parlent, sortent, rentrent à nouveau, re-boivent et reparlent de plus belle.
Depuis le Moyen Âge, les gens de plume sont venus y chercher l’inspiration. Aragon, Daeninckx, Queneau, Rabelais, Pérec, Maupassant ou Vian, très nombreux sont les écrivains à avoir décrit bars ou cafés dans leurs romans, poèmes, recueils ou pièces de théâtre. Antoine Blondin, auteur de « Un singe en hiver », se définissait ainsi : « Je ne suis pas un écrivain qui boit, je suis un buveur qui écrit. »
Je me souviens de ces fins de dimanche quand j’étais petite. En famille, nous nous installions autour d’une grande table en bois et tous commandaient des chocolats chauds. Ado, j’adorais y retrouver les copains de classe pour boire des limonades et jouer au flipper. Le café est devenu au fil du temps mon lieu préféré pour découvrir les premières pages d’un livre, écrire une carte postale ou me poser. La décoration, les odeurs, la voix du serveur, les inconnus, les conversations de la table d’à côté, la musique de fond, je me sens bien.
Et vous, quelle relation avez-vous avec un bar ? Faites-vous partie de ces gens qui, pendant les vacances, après le marché du dimanche matin, s’arrêtent pour y prendre l’apéro ? Fréquentez-vous de temps à autre le « café du coin » pour y retrouver quelques amis ? Avez-vous un café préféré dans lequel vous vous rendez régulièrement, pour le plaisir, l’ambiance ou l’accueil ?
Certains cafés ferment. D’autres se transforment pour rester ouverts. Bar à cocktail ou bar à tout faire, ces lieux sont parfois les derniers remparts aux déserts sociétaux et aux réseaux sociaux.
« Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel », disait Umberto Eco.
Vous reprendrez bien un petit café ?
Paula Serrajent
