La cinquième saison
Quand, dans les rues et les garages, retentira la musique, juin sera bien entamé et l’été s’installera
à nos côtés pour trois mois. Soleil, sourires, chant des oiseaux, brugnons sucrés et douces fins de journée seront-ils assez présents pour nous faire décrocher d’un quotidien bousculé et un tantinet anxiogène ?
L’été n’est ni un jour, ni une saison. C’est un état d’esprit !
Tout au long de l’année, on se trouve de bonnes raisons de courir, se dépêcher, de dire « je te rappelle », de poser un post-it sur la porte du frigo, de mettre plein d’alertes dans son téléphone et de ne jamais s’arrêter. Et si on ralentissait, sans attendre l’été ?
Raymond Devos avait rédigé un sketch à ce sujet, et je vous invite à le découvrir en intégralité.
Voici le début, histoire de vous donner envie de le lire en entier :
« Excusez-moi, mais je suis encore un peu essoufflé parce que je viens de traverser une ville où tout le monde courait. Je peux pas vous dire laquelle, je l’ai traversée en courant. Lorsque j’y suis entré, je marchais normalement. Mais quand j’ai vu que tout le monde courait, je me suis mis à courir comme tout le monde, sans raison. Alors, à un moment, je courais au coude-à-coude, comme ça, avec un monsieur. Alors je lui dis : « Dites-moi, pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ? ». Il me dit « parce qu’ils le sont ». Il me dit « vous êtes dans une ville de fous ici ». Il me dit « vous n’êtes pas au courant ? ». « Si, si, des bruits ont couru », il me dit « ils courent toujours ». »
Plus loin, Devos éclaire le spectateur avec tout le charme des jeux de mots et usage des expressions courantes (si j’ose dire !) :
« Et je lui dis « mais qu’est-ce qui fait courir tous ces fous ? ». Il me dit « tout, tout. Y en a qui courent au plus pressé. D’autres qui courent après les honneurs. Celui-ci court pour la gloire. Celui-là court à sa perte ». Et je lui dis « pourquoi courent-ils si vite ? ». Il me dit « pour gagner du temps. Comme le temps c’est de l’argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent ». Mais je dis « où courent-ils ? ». Il me dit « à la banque, le temps de déposer l’argent qu’ils ont gagné sur un compte courant. »
L’été, on court moins. L’été semble nous inviter à ralentir, peut-être pour nous permettre d’en profiter plus longtemps. Les pendules ne changent pas leur rythme, les heures défilent selon le même tempo, les œufs à la coque continuent de réclamer 3 minutes pour être parfaits mais nous, l’été, nous freinons, nous modérons et nous décélérons.
Hiver, printemps, été et automne, quel que soit l’ordre de préférence, chaque saison a son tempérament. Avez-vous une saison préférée et savez-vous pourquoi ? Est-ce juste le ressenti de son atmosphère qui vous plait ou une raison particulière ?
Personnellement, j’aimerais qu’existe une cinquième saison. Dénuée de caractéristiques particulières. Une saison qui me ressemblerait et me ferait donner le meilleur de moi-même. Pour moi comme pour les autres. Une saison où l’œuf à la coque prendrait 3 minutes ou 3 heures. Une saison où le jour s’arrêterait quand on en aurait envie ou besoin. Une saison sans violence. Une saison sans peine. Une saison sans raison. Une saison dans laquelle on aimerait rester toute l’année !
Juin, c’est bien. Juillet-août, aussi sans doute.
Joli mois parfumé.
Paula Serrajent
