Les lieux du meutre à Artigues. ©DH

Le dimanche 10 mai 1840, sur les terres du château Lestrille, eut lieu à Artigues, un
drame épouvantable en écho à une affaire parisienne.

Un dénommé Pierre-Vincent Eliçabide, emmena, un soir, sa maîtresse, la veuve Marie Anizat, et Mathilde, la fille de celle-ci, alors âgée de 11 ans se promener dans un bois d’Artigues proche du moulin d’Antoune et de l’estey du Guâ qui longe la route de Libourne.

UN CRIME INEXPLICABLE

Là, l’odieux personnage leur écrasa la tête à coups de marteau, leur coupa le nez et la gorge, les dépouilla de leurs vêtements. Ces actes horribles exécutés, il alla sous un chêne à quelques mètres de là, se reposer.

L’assassin jeta ensuite le corps sanglant de la mère dans le Guâ et alla porter celui de l’enfant dans une prairie voisine, proche de la fontaine de la Samaritaine.

Il traversa la route de Bordeaux à Libourne, se débarrassa dans une propriété, d’une partie des hardes de ses deux victimes et disparut. À ce triste moment du récit on a hâte de savoir quel fut le devenir d’Eliçabide !

AUTRE FAIT-DIVERS SORDIDE

Marie Anisat était aussi la mère d’un fils plus jeune que Mathilde. Or, les jours précédents le crime d’Artigues, le corps de l’enfant fut repêché, à Paris, dans un fossé nauséabond se jetant dans la Seine. L’enquête de police détermina que c’était Eliçabide, ce misérable, qui l‘avait tué et l’y avait précipité. La dépouille embaumée fut rapatriée à Artigues où dans le cimetière, les trois corps furent déposés.

UN DRÔLE DE CRIMINEL

Mais quelle abjecte motivation avait donc poussé cet individu à commettre ces trois homicides ? Il avait pourtant reçu une bonne éducation, portant quelques temps l’habit ecclésiastique au séminaire de Notre-Dame-de-Bétharram. Il avait été précepteur des fils de Monsieur de Tholouze, dont la femme Madame de Saint-Martin, avait habité Artigues sur la propriété de La Blancherie, pendant cinquante ans. Parmi les objets saisis dans l’appartement qu’Eliçabide habitait à Paris, se trouvait le manuscrit d’un ouvrage auquel il travaillait depuis longtemps, et qui avait pour titre : « Histoire de la religion chrétienne, racontée par un instituteur aux petits enfants ». Quel sujet, quel contraste, ou plutôt quelle hypocrisie que celle d’un homme, qui, en même temps qu’il semblait ne s’occuper que de religion et de morale, préméditait froidement un triple assassinat !

UN BON CLIENT POUR LA VEUVE (1)

Lors du procès, il fut établi que le motif des crimes était son désir de se débarrasser de la veuve Anizat et des enfants, témoins de son incapacité à les faire vivre décemment à ses côtés.

À la fin du procès, la sentence tomba : la peine de mort ! Il fut guillotiné le 5 novembre 1840, sur la place d’Aquitaine (place de la Victoire) à Bordeaux.

Alain Sères et Danièle Heyd

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(1) Surnom donné à la guillotine.
Source : « Artigues au fil du temps » d’Alain Sère.