
Février 2026, la Garonne s’étale. ©DH
En se penchant au-dessus du pont de pierre, on pourrait s’imaginer que la Garonne est un « long fleuve tranquille » qui se prélasse au fond du port de la Lune. Il n’en est rien.
Attention au réveil de cette créature la plupart du temps indolente capable de provoquer des « aygats » (inondation en gascon). Elle accepte simplement de temps en temps de se faire chahuter par le mascaret.
Cinq à six fois par siècle, souvent après un très bon millésime, après avoir ruminé sa vengeance depuis le val d’Aran, jalouse à l’approche de la région des Graves et du Médoc, elle dévale, déborde et s’étend largement sur son terroir. Elle déplie sa nappe sous les pieds de vigne, sur les sols graveleux ou argilo
calcaires, s’infiltre, s’évapore.
L’homme le sait bien. Il subit depuis des lustres les colères de cette onde capricieuse.
Enfin, elle s’apaise, elle met de l’eau dans son vin, se retire, retrouve son lit bordé des vases bleutées et reprend son chemin au long cours. Elle redevient l’antique route de la flotte des vins. Elle change de nom et se fait appeler Gironde. C’est une histoire d’eau dans un pays viticole.
L’homme le sait bien. Il subit depuis des lustres les colères de cette onde capricieuse tout en essayant vainement de contrecarrer ses humeurs. Souvent, son seul recours est de marquer le nouveau record sur l’échelle des inondations. Sans vouloir retracer toutes les inondations sévères en Gironde, ce qui nous donnerait un « roman fleuve », voici quelques exemples marquants.
En 1770, le mois d’avril connut neuf jours de fortes pluies accompagnées d’un redoux qui a engendré la fonte des neiges pyrénéennes. Ce fut une des plus mémorables « crues du siècle ». Le 6 avril 1770, le courant puissant accompagné de vents violents coupa les câbles et amarres de plusieurs navires ancrés à Bordeaux qui allèrent se fracasser à Blaye. Le fleuve envahit la Rive droite jusqu’au pied du coteau Lormont-Cenon et retrouva un ancien cours abandonné « la Souys » envasé vers la fin du Moyen Âge qui joua le rôle d’un déversoir.
La conjonction du débordement du fleuve, d’un coefficient de marée de pleine lune important et d’un vent de nord-nord-est fit de l’inondation de février 1879 une des plus catastrophiques, 700 personnes furent sauvées à grande peur : « Les quais ont été envahis jusqu’à un mètre de hauteur… Jeudi vers minuit, par suite de la rupture du chemin de halage, la rive droite, la plaine de La Bastide furent submergées jusqu’au pied du coteau de Cenon » (Revue philomathique de Bordeaux-1901). Catastrophe confirmée par la délibération du conseil municipal de Cenon : « … grâce au défaut d’écoulement des eaux nous avons été obligés de rester 8 jours sans pouvoir entrer dans nos demeures ».
L’HIVER OÙ LA GARONNE GELA
L’hiver 1708-1709 fut d’une rigueur exceptionnelle. En Aquitaine, d’importantes chutes de neige tombèrent en décembre 1708 auxquelles succédèrent en janvier dix-sept jours d’un froid intense (-20 à -24°C). La Garonne gela. Mais le 25 janvier le dégel s’amorça provoquant une rupture de la glace suivie par une inondation. Les eaux se mirent à charrier d’énormes blocs de glaçons. En février 1709, François Ignace Labat de Savignac écrivait dans son « Mémorial général » : « Sur la rivière, il était impossible de traverser La Bastide à cause des glaçons de la grandeur d’une maison qui descendaient continuellement du haut pays… ».
Gilbert Perrez
