
Fiche de la Gestapo sur le résistant Lucien Nouaux aux Archives de la Métropole. ©DR

Porte de la cellule de la gestapo de Bordeaux au Musée d’Aquitaine. ©DR
Les Archives de la Métropole et le musée d’Aquitaine proposent deux expositions sur la Libération de Bordeaux. Mais si l’une est un rappel des années sombres, l’autre nous projette dans le monde d’après (1944-1954).
Les Archives de la Métropole ont organisé une collecte d’archives de particuliers liées à la Libération. L’exposition, hélas, s’est arrêtée le 5 juin 2025. Ce sont souvent des photos et des lettres ou des papiers administratifs, exposés sur une table sous une vitrine de verre.
Une vision de la lutte populaire contre les nazis
Au départ, petit aperçu de la vie de ces Français moyens avant-guerre : Jean Neauze était propriétaire d’un café, Lucien Nouaux, fonctionnaire des impôts, Guy Bayet, cultivateur, Jean Klein, officier d’active dans la cavalerie, Bernard Armée, chauffeur mécanicien et Maurice Daurat, quincailler. Le grain de sable qui a changé leur vie : les conséquences de la défaite de 1940. Jean Neauze est fait prisonnier de guerre tandis que Lucien Nouaux, refusant le STO, s’engage dans la Résistance sous le patronyme de « Marc ». Arrêté par la Gestapo, il est fusillé le 25 juillet 1944. (voir photo) Déporté réfractaire, déporté du travail, STO, c’est le sort commun de la plupart des autres. Si Guy Bayet et Maurice Daurat s’y soumettent malgré eux, Jacques Baudry déserte. Prisonnier au fort du Hâ, il est libéré le 26 août 1944. Quant à Jean Klein, démobilisé en 1942, mis en congé en 1943, il entre alors dans la clandestinité et mène, en septembre 1944, des actions de sabotage et de camouflage pour libérer Bordeaux. Il est décoré à la Libération. La vision des ces fragments de vie, révèle une France qui refuse, comme elle le peut, le joug nazi.
Vers des lendemains qui chantent ? 1944-1954
L’exposition du Musée d’Aquitaine commence d’entrée par un tunnel où photos et sons plongent le visiteur dans l’horreur de la guerre : défilé des Allemands en centre-ville, réfugiés fuyant Bordeaux, carte de restrictions, fusillés du camp de Souge. À la fin de ce couloir, les photos de la liesse populaire de la Libération ! On tourne pour entrer dans une pièce plus vaste, découpée en espaces centrés chacun sur un point de cette reconstruction de la France : le logement avec la cité de la Benauge, la caserne des pompiers. Il faut de l’argent d’où les bons de la Libération, de l’énergie et voici l’affiche du Parti communiste incitant à se retrousser les manches. Dans les autres pièces de l’exposition, le progrès est là : les arts ménagers se développent, l’agriculture se mécanise, le cinéma offre ses plus grands succès et Jukebox déverse son flot de chansons populaires Le port de Bordeaux reprend mais le commerce avec les colonies décline à cause de la lutte pour la décolonisation. Les grandes avancées sociales et politiques sont évoquées : la sécurité sociale et le vote des femmes. Au détour d’un espace, l’étonnant bureau du maire Jacques Chaban-Delmas rappelle son rôle primordial dans cette reconstruction de Bordeaux. Mais il faut solder les comptes de la guerre. Un espace reconstitue une salle du tribunal qui a jugé des collaborateurs : le maire Adrien Marquet et le chef de la gestapo locale : Friedrich Dohse La photo de la sinistre prison du fort du Hâ et la porte de la cellule de la Gestapo de Bordeaux avec ses graffitis tempèrent le climat de joie de cet après-guerre. Hélas l’exposition se termine par d’immenses photo du grand incendie des landes de 1949, qui, hélas, se reproduira en 2022. Cette exposition est visible jusqu’au 16 novembre 2025. Courez la voir !
Danièle Heyd

Le confort moderne au Musée d’Aquitaine. ©DR

Affiche du Parti Communiste français 1945 au Musée d’Aquitaine. ©DR
