La plaque du souvenir à Camblanes. ©DR

Une plaque en marbre sur le côté de l’église de Camblanes commémore un fait terrible qui a eu lieu il y a 376 ans.

Sous la Fronde, le Parlement de Bordeaux s’opposait au roi et à son gouverneur, Bernard de Nogaret, duc d’Épernon. Ce dernier appela les troupes royales qui vinrent camper en Entre-deux-Mers et furent battues à Camblanes, au début d’avril 1649. En représailles, le lundi 19, le duc envoya cavaliers et fantassins punir le village.

UNE VOLONTÉ DE TUER

D’après un témoin, le 19 avril, une heure avant le coucher du soleil, les habitants virent arriver un grand nombre de gens de guerre. Affolés, les paysans se réfugièrent dans l’église en condamnant les portes avec des meubles. Beaucoup se mirent à l’abri au sommet du clocher.

Ils virent alors que la troupe s’arrêtait devant la métairie du sieur La Serre jusqu’à environ une heure de la nuit puis se lançait, tambours et trompettes en tête, à l’assaut de l’église, en criant : « Tue, tue, vous ne voulez pas vous rendre, vous serez pendus demain. » Plusieurs soldats tirèrent quelques coups de
mousquet mais ne purent entrer dans l’église. Ils mirent alors le feu à la première porte sans détruire la seconde car du haut du clocher les habitants leur lançaient des pierres.

DES ACTES SACRILÈGES

Les soldats gagnèrent donc le derrière de l’édifice et par une trouée dans le mur qui donnait sur la sacristie, emportèrent des ornements sacerdotaux, des chandeliers et des lampes en argent massif. Ils s’attaquèrent au tabernacle de l’autel, vidèrent les hosties dans le cimetière et dérobèrent tous les objets sacrés pendant que les femmes et les enfants montaient se réfugier au sommet du clocher.
Estampe de Bernard de Nogaret, deuxième duc d’Epernon parue en 1744.

LE MASSACRE DES INNOCENTS

Puis cette horde sauvage mit le feu au mobilier religieux. Le foyer se propagea alors à la charpente et au clocher. Les cloches tombèrent, le plancher s’effondra, entrainant 30 hommes, femmes et enfants, retrouvés brûlés vifs. D’autres se jetèrent dans le vide et s’écrasèrent au pied de l’église. Les quelques rescapés implorèrent les soldats aux cris de : « Miséricorde et la vie ». Sur l’ordre du capitaine, la troupe se retira. Quelques heures plus tard les habitants de Quinsac vinrent avec échelles et cordes pour aider les personnes, coincées contre un mur du clocher en feu, à descendre.

DEUX ANS PLUS TARD, RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE

En 1665, Jacques de Fonteneil, souligne dans son livre « Histoires des mouvements de Bordeaux », le courage des paysans et rapporte le point de vue du chef militaire pour souligner sa ruse et son mépris des Camblanais : « le sieur de Marin… craignant de préparer trop de matières à la gloire des paysans, il attendit la nuit à la faveur de laquelle, il fit rouler des tonneaux qui couvraient ses soldats, lesquels portèrent le feu à la porte de l’église. » Mais s’il passe vite sur la tuerie il ajoute une anecdote chevaleresque, le sauvetage d’une belle paysanne par un capitaine du régiment de Guyenne. Peut-être pour atténuer l’horreur de cette vengeance infâme ?

Ceci se passa 295 ans avant Oradour-sur-Glane. Ce régiment ne fut jamais jugé, ni condamné. Le duc d’Épernon, lui, continua la répression en détruisant en 1650, le château de Langoiran, propriété du président du Parlement de Bordeaux. 

Danièle Heyd

__________

(1) Gilbert Perrez.

Estampe de Bernard de Nogaret, deuxième duc d’Epernon parue en 1744. ©DR