
Étiquette réalisée par Niki de Saint-Phalle pour le château Mouton Rostchild. ©DR
Il fallut attendre les années 1830 pour qu’un bordelais eut l’idée de lancer l’imprimerie des étiquettes dites « vignettes » à l’époque.
Depuis l’antiquité les informations du contenu des amphores de vin, puis des tonneaux, étaient inscrites à la main ou gravées. Puis avec l’utilisation de la bouteille en verre la qualité du vin fut différenciée par des fils colorés entourant le col ou des cires de couleurs variées.
Simple imprimeur bordelais
Cyprien Gaulon (1777-1858), maître-écrivain d’origine créole (Haïti), enseignait la calligraphie à l’école primaire 48 rue du Mirail. En 1818, avec son épouse il fonde une imprimerie rue Saint Rémi. Il se spécialise alors dans l’impression d’estampes grâce au procédé lithographique déposé par un brevet en 1800 par l’allemand Alois Senefelder. Ces œuvres étaient réalisées par la technique utilisant la pierre calcaire, carbonate de calcium, sur laquelle était réalisé un dessin au crayon gras ou de résine.Sa notoriété prend de l’ampleur lorsqu’il réalise en 1825 quatre lithographies du peintre Goya, qui résidait à Bordeaux. Ces quatre magnifiques planches sont connues sous le nom de « Toros de Burdeos ». Goya remerciera Gaulon en peignant son portrait à l’huile.
Une géniale invention
Gaulon va exposer ses œuvres, notamment un « Album bordelais » composé de 32 lithographies, à l’Exposition annuelle des produits de l’industrie et des arts en 1828, organisée par la Société philomathique de Bordeaux. C’est alors qu’il eut l’idée de remplacer les petits encarts en papier, faits main et collés sur certaines bouteilles, par des étiquettes imprimées. C’est la naissance de l’étiquette et la bonne fortune pour Cyprien Gaulon.
Évolution de l’étiquette
À sa mort, son épouse s’occupe de l’imprimerie. Elle est aidée par sa fille et son gendre Wetterwald, qui donnera son nom à la future imprimerie lithographique, située en 1900, 110 cours Saint Louis dans d’anciens chais. L’imprimerie a aujourd’hui disparu. Elle produisait en 1953, 600 millions d’étiquettes et avait dans ses réserves 35 000 pierres lithographiques différentes. Ce trio, vin, bouteille et étiquette va devenir alors inséparable. Au fil du temps la « vignette » permet de connaître la couleur du vin, son terroir, le nom du château, la mise en bouteille et bien d’autres informations, en respectant une réglementation très stricte.
Étiquette et grands crus
Ceux sont les premiers grands crus des prestigieux châteaux qui s’emparent de cette nouvelle invention. Ils réalisent l’importance de l’aspect visuel qui permet d’attirer le consommateur sur le contenu de la bouteille. Un rôle marketing pour leurs 1er crus. Parfois la qualité du vin n’est pas toujours en rapport avec la beauté de l’étiquette. Aujourd’hui certaines étiquettes sont devenues des œuvres d’art signées quelquefois par de célèbres artistes (Château Mouton Rothschild avec Picasso et Dali). Ces vignettes suscitent une passion pour les oenographilistes, ces collectionneurs à la recherche des étiquettes les plus belles, les plus rares avec des symboles régionaux, des illustrations de châteaux et des créations graphiques d’artistes renommés.
Gilbert Perrez
