La Cuisine des ogres, de Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andrae (Éditions Rue de Sèvres)

Ce conte écrit par Fabien Vehlmann, mis en scène et dessiné par Jean-Baptiste Andrae, nous plonge dans les peurs nocturnes de l’enfance. On y croise au départ le croque-mitaine Grince-matin qui, une nuit, piège dans son grand sac une bande d’enfants misérables et leur souff re-douleur Blanchette. Cette pauvre enfant a vu ses cheveux blanchir après la mort de sa mère. L’enlèvement se passe dans un décor désertique et joue sur le bleu profond de la nuit qui crée l’angoisse. Puis surgit la cité magique de la Dent du chat, rougeoyant cette nuit-là, à travers les nuages. La cité des ogres ! C’est de là que notre héroïne Blanchette qui se fait appeler Trois-fois-morte va essayer de s’enfuir en sauvant ses amis. Dure tâche d’autant que le croque-mitaine a vidé son sac dans cet enfer, mettant en vente les enfants pour qu’ils soient mangés… Le récit est haletant, les images superbes. Les dessins sont à la fois fantastiques pour les personnages monstrueux et artistiques grâce au jeu des couleurs. La fin donne une version symbolique de ces ogres. Le conte devient alors une dénonciation de l’inceste. Un livre superbe !

Danièle Heyd

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Les Guerriers de l’hiver, de Olivier Norek (Éditions Michel Lafon)

Du 30 novembre 1939 au 13 mars 1940, durant 105 jours, la Finlande résista vaillamment à l’Union soviétique. Comment un pays 47 fois moins peuplé, 66 fois moins étendu, réussit-il à contenir une armée plus nombreuse ? Olivier Norek nous offre un récit blanc et glacial comme un hiver finlandais et nous explique ce prodige. La cohésion des Finlandais qui combattent au coude à coude dans un terrain connu, face à l’armée rouge constituée de troupes mal équipées, ne parlant pas la même langue, enrôlées depuis les différents territoires de l’empire russe. Le moral et la détermination des agressés étaient cent fois supérieurs à ceux des envahisseurs. De plus, l’armée rouge avait été purgée par Staline des meilleurs officiers et les commissaires politiques de Molotov, dénués de toute formation militaire, prirent des décisions tactiques et stratégiques suicidaires. Cette offensive révélant les faiblesses de l’armée rouge a donné à Hitler l’envie d’accélérer l’opération Barbarossa et d’attaquer l’union soviétique en juin 1941. Que de choses communes entre « Les Guerriers de l’hiver » et les Ukrainiens qui, depuis près de quatre ans, résistent à « l’opération spéciale » russe. Ce récit historique devient un livre d’actualité, incontournable pour comprendre ce qui se joue à l’est de l’Europe. 

Maïté Lavie

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Les Raisins de l’hiver, de Ixchel Delaporte (Éditions du Rouergue)

Le sous-titre de ce livre, « Une enquête sur la face cachée des châteaux bordelais », publié en 2018 peut surprendre au premier abord. Tout démarre en 2014 lorsque Ixchel Delaporte, journaliste, « tombe » sur une enquête de l’INSEE identifiant en Gironde un couloir de la pauvreté qui suit celui des grands châteaux viticoles. Pour elle débute un travail de recueil de la parole d’ouvriers viticoles souvent « intermittents » des minimas sociaux. L’autrice effectue là un recueil de parcours de vies. Ces travailleurs invisibles, souvent d’origine étrangère, prennent corps et âme dans cette enquête presque ethnographique mais qui se lit comme un roman, sauf que c’est un roman vrai.

Jean-Claude Bonnet