Cucul, de Camille Emmanuelle (Éditions Le Seuil)

La narratrice Marie Courton, prof de Français intérimaire, le jour, dans un lycée catholique, est, pour combler ses fins de mois, autrice de New romance. Or, lorsque son éditrice lui demande de pimenter ses scènes d’amour par des violences sexuelles dans le goût de la Dark romance, Marie décide un soir de tuer son personnage principal, James Cooper, son héros super sexy. Stupeur ! Au réveil, James Cooper est là devant elle en chair et en os, complètement perdu dans le monde réel. S’ensuit toute une série de variations entre la créatrice et sa créature romanesque. Vraiment drôle ! L’opposition entre le langage assez vert de Marie, femme libérée de 2025 et celui aussi policé que possible de son héros, milliardaire de fiction, amuse. Mais derrière le comique de cette histoire on comprend qu’il s’agit d’une critique de la Romance, genre très en vogue. Lorsqu’elle est « cucul » c’est sans conséquence. Mais elle devient toxique quand, sous couvert de roman d’amour on valorise la maltraitance et l’humiliation de la femme. Plus une bonne comédie de mœurs qu’une énième comédie romantique. À savoir : 10% de l’édition en 2025 est consacrée à la Romance sous toutes ses formes.

Danièle Heyd

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Rousse ou les beaux habitants de l’univers, de Denis Infante (Éditions Le Seuil)

Fable, conte, roman, difficile de choisir. Il était une fois une terre où la sécheresse régnait. Un monde où les humains seraient partis. Et une fuite des animaux cherchant à survivre. Et puis Rousse, la renarde qui sort du bois de Chet, rencontre « les mobiles » et « les immobiles » autres noms des animaux et végétaux. Cette fuite est aussi quêtes et rencontres entre tous. Que l’on soit renarde, ourse ou corbeau… tout le monde devient l’un de l’autre et vice versa malgré la tragédie. Et puis une trace de la présence passée des humains. Un beau récit qui nous tient en haleine, plein de sagesse humaine, et sans doute animale… Rousse nous en donne le mot de la fin : « Tout sera dit, je suis Rousse, je suis renarde et je n’ai pas peur. »

Jean-Claude Bonnet